Nouvelles de Ritana 24/11/2015

Bonjour à toutes et tous de Ritana Team en Roumanie

Autant que vous le sachiez, afin de ne pas vous faire de soucis comme certains nous l'ont déjà fait savoir, nos connexions internet peuvent se raréfier et donc les mises à jour du blog s'espacer. En effet nous suivons actuellement une route au bord du  Danube qui comme celle qui nous y a conduit, est emprunte que de petits villages pauvres et dénué de bars, téléphone, en fait nous ne trouvons que rarement internet à part les grands bourgs. Parfois nous aurons plus de 100 km à parcourir pour retrouver des petites villes où avoir cette commodité. Voilà, ceci étant dit nous pouvons vous raconter les derniers jours et notre passage en Roumanie.

 

Avant de quitter la Serbie, nous avons encore  fait étape à Vrsac, une charmante ville où les voisins nous ont reçu comme des rois et combler de cadeaux

Nous sommes heureux de retrouver des collines, plus tard des montagnes, les longues plaines de l'agriculture intensive nous ont donné leurs visages tous ces derniers mois et nous sommes content du changement. Comme moi je suis content de faire "copain-copain" avec les chiens des rues et sauvages, malgré les recommandations des habitants qui les jugent dangereux.

En quittant Vrsac pour la Roumanie le 14 novembre, nous avons la surprise de devoir slalomer entre les badauds qui fréquentent un grand marché Tzigane, matériel en tout genre de seconde main, rien n'est neuf mais rien n'est cher non plus, c'est l'univers de la débrouille. Deux flics sont là eux-aussi, c'est pour calmer un autre marché moins visible, celui des cigarettes de contrebande et plus...

Enfin nous voilà à la sortie de la Serbie, je dis enfin mais nous y serions bien resté plus longtemps si notre autorisation ministérielle pour les chevaux nous le permettait. Seulement dans le cas présent nous devons sortir avec nos Comtois au plus tard le 15 novembre sous peine de ne plus pouvoir sortir du pays.

Cette fois cela se passera autrement à la douane, pas comme à notre entrée à Batrovci, je suis décidé de ne pas laisser un seul centime d'euros dans l'affaire et de ne pas nous laisser bloquer 9 heures de temps.

Nous y voilà et c'est en 2 heures et 30 minutes que nous passerons. Pour l'histoire, c'est 2h00 côté Serbe et 30 minutes côté Roumain. Tout d'abord les douaniers Serbes ne retrouvaient pas dans le fichier informatique central notre dossier de transit, pourtant bien enregistré selon le coup de téléphone à la douane d'entrée. En plus le chef douanier commence à me demander le justificatif de paiement des frais de douane, tous ceux que je lui présente ne lui conviennent pas, nous aurions oublié de payer encore quelque chose... Là, après déjà 60 minutes je me fâche, je sors mon smartphone et je précise appeler mon ambassade, la télévision nationale Serbe, et le ministère de l'agriculture. J'explique avoir assez débourser en entrant qu'il ne fallait plus me la jouer "black money".

Sur ces mots il me fait attendre seul dans le bureau, revient 10 minutes plus tard, s'excuse du temps perdu pour mon dossier qu'il doit recopier et contresigner, certifie que tous mes papiers sont en ordre et que je n'ai plus aucun frais supplémentaire à payer, c'est en Français qu'il me dira pardon. La plaisanterie nous a tout de même fait perde 2 heures.

Côté Roumain, c'est un autre monde. 15 minutes de franches rigolades avec les douaniers, qui tout de même jettent un rapide coup d'oeil dans la roulotte tout en nous félicitant de ce projet et nous échangeons photos et lien Facebook. Puis encore 15 minutes de questions-réponses avec le vétérinaire des douanes qui s'intéresse de près à notre projet et la santé de chevaux sur la route. Bref nos passeports ne seront même pas contrôlés, à peine ouverts on nous souhaite un bon voyage.

Bye bye Serbie, bonjour Roumanie...

 

Notre première étape est le village de Moravita. De suite on se trouve plus à notre aise avec l'environnement, le bétail est visible non en hors sol, les bêtes paîssent et le paysages est valloné.

En dehors des bergers et leurs troupeaux qu'on voit partout, il y a aussi et enfin, les attelages. Certes en Serbie on en croisait souvent, nous attendions cela depuis notre départ de France et cet espoir fût déçu déjà en Hongrie. Mais là en Roumanie c'est tous les jours, plusieurs fois par jour, en fait la pauvreté fait que l'on se débrouille à produire ce que l'on consomme et que le cheval est encore un moyen de transport et de travail commun et fréquent.

Et donc, sur la route notre passage dans les villages ressemble à cela, des vaches partout au piquet, pareil pour les chevaux et des troupeaux de moutons partout.

Nous nous rendons compte que la situation est différente qu'en Serbie, les pauvres ici le sont vraiment, en plus grande quantité, le "Lei"  vaut environ le quart d'un euro, et souvent les familles ici vivent sur un seul salaire de 250 à 300 euros. Alors on cultive, on élève ses cochons et ses poules, bref on se débrouille, mais on est souriant et heureux, il y a paradoxe avec un européen de l'ouest qui se plaint de son minima social de 600 ou 800 euros, ce qui est le salaire d'un qualifié ou un fonctionnaire ici, et qui pleure à longueur de journée. On se doit de comprendre et soutenir tout le monde, mais le fossé est tellement grand...

 

Première aventure et approche de la culture Roms. Soit ils sont très pauvres, ou très riches il n'y a pas de milieu. Dans les deux cas ils sont mal vus en étant 50 % de la population de la région que l'on traverse, et surtout alors que la plupart sont bons et accueillants ils inspirent peur et méfiance. Pour nous, posés une nuit à Jamu Mare, ce fût le côté sombre que nous avons expérimenté.

A peine installés, le jeune Roumain qui nous a indiqué la place vient nous avertir, les deux Roms (tziganes) qui nous ont arrêté au village avec leur minibus sont connus de la police pour vol de bétail et surtout les beaux chevaux, nous devons faire attention. Attention aussi aux chiens errants ils sont dangereux...

Bref je me dis que la peur n'évite pas le danger, que nous serons bien entendu sur nos gardes, mais qu'il doit en faire un peu trop. Et un Rom qui revient de son tour au lac du coin mais malheureusement bredouille, me confirme la chose, faut faire attention et ne rien laisser dehors.

Alors dorénavant nous rentrerons tout le matériel d'attelage et le harnachement dans la roulotte. Nous ne le faisions jamais, mais vu qu'au départ lors de la construction de la roulotte j'avais prévu crochets et emplacements alors on change d'habitude en changeant de pays, du moins sur les places publiques, reçus en terrains et par de privés le risque est bien entendu moins grand.

 

Eh bien on apprend vite, le soir même à la nuit tombée quand je reviens du village, je me fais attaqué par des chiens, ils ne sont pas errants mais d'une ferme voisine et ils sont méchants. Nous de notre côté on est des bergers, alors ça tourne vite dans nos têtes, on se dit que nous avons avec nous des cloches et que si le chevaux les portent ce à quoi elles sont prévues, on entendra bien si quelqu'un les affole en voulant nous les prendre.

Précaution supplémentaire, Waldo est fait pour cela et il y est destiné, on va lui faire une couche sous la roulotte et comme il garde effectivement assez bien, il va nous avertir en cas de visite imprévue.

Résultat des courses... Lors de ma sortie au village pour trouver internet, Irene reçoit la visite d'un type patibulaire et alcoolisé, malgré ses trois avertissements il n'obéira pas et reviendra jusque dans le parc des chevaux. Est-ce pour voler plutôt les cloches ce qui est bien possible, du coup elle s'aperçoit que les comtois sont plus facile à attraper avec ces colliers et elle décide de les enlever. A mon retour elle me raconte les faits, je fais le tour du parc et cet imbécile en partant a couché  3 piquets et laissé le fil au sol, j'espère qu'il s'est bien fait secouer... Du coup, cloches ou pas ? La question reste entière, mais je crois que pour le vol cela ne sert en effet pas si ce n'est au voleur, sans collier ou licol nos comtois ne se laissent pas approcher par des étrangers et encore moins la nuit. Je pense qu'on doit les garder pour les grandes plaines où on les laissera en liberté, surtout en Asie centrale.

 

Autre  village, autre aventure et pas des moindre, mais avant tout on s'y arrête pour faire des courses à l'épicerie, un coup d'oeil sur le GPS, pause clope et aussi reprise de souffle pour nos comtois.

Nous trouvons ensuite à la sortie de ce bled "Comoriste" ou "Comorâste" un joli pré. Il appartient à un privé et dans le pré voisin il y a une jument à l'attache au piquet et son poulain en liberté. C'est courant, même habituel, on voit cela depuis la Croatie.

Le problème pour nous c'est que ce petit con, étalon et déjà sanguin, s'est mis dans la tête de donner la liberté à nos comtois pour mieux faire joujou, il nous casse deux piquets et le fil. On va devoir dorénavant faire des parcs plus petits parce que l'on trouve pas ce genre de matériel de clôture ici.

Encore une fois, un autre apprentissage pour notre Waldo, c'est de défendre nos chevaux et éloigner non pas seulement les gens mais les autres animaux. Et ça marche, voyez plutôt...

 

Autre bizarerie, alors que depuis plus d'un an sur les routes, 3500 km ou plus de parcourus depuis la France, nous n'avions eu en tout et pour tout, moins d'une dizaine de contrôle de police. Ici c'est juste la folie, on se fait contrôler tous les jours, police, gendarmerie, police des frontières, bref c'est sans cesse et on en a eu même 3 en un jour lors de notre arrivée à Oravita. C'est parait-il une décision hiérarchique suite aux attentas de Paris... Quoi ? Ici ? Et les frontières françaises qui soi-disant fermées restent de vraies passoires, où des amis nous confirment avoir passer sans voir un képi plus de 3 fois les douanes en un jour. Bref, je clos la parenthèse...

Elle, notre arrivée à Oravita, nous laisse une impression incroyable, celle d'être arrivé déjà en Mongolie et à l'approche de Oulan Bator. En effet les collines sèches et surpâturées, les troupeaux, et l'entrée en ville est étrange, tous les vieux commerces abandonnés, fermés, à part un supermarché d'une enseigne européenne on y trouve aucun bar ni épicerie, ce côté de la ville a des airs de l'extrême "est".

C'est ici que je vivrai ma première déception vis à vis de la mise à jour de notre blog. Le seul bar avec accès internet que je trouve ferme ses portes à 20 heures et nous nous enfonçons toujours plus dans une région rurale et peuplée de bleds pauvres sans ce genre de service à disposition. Heureusement on a encore pour l'instant une connexion sur le smartphone, pas assez efficace pour le blog mais juste assez pour Facebook ou les mails. Mais nous, comme nos familles ou amis, devons tous apprendre à se voir espacer les contacts, plus le chemin avance plus ce sera le cas et longtemps. Nous apprécions vos gestes d'inquiétude en nous demandant si tout va bien en attendant des nouvelles, mais c'est pas parce que nous n'arrivons pas à en donner que nous avons des problèmes, et parfois j'aimerai moi-même me distancer de la technologie embarquée.

Bon, pour rejoindre le Danube il y a pas quinze chemins mais deux. Soit les montagnes qu'on veut éviter, soit un détour que vous verrez en rouge sur la carte ci-dessous, mais on doit quitter encore plus la civilisation pour la pampa.

Cette région Roumaine nommée "Banat" est une région rurale et pauvre, peu de ville, et nous allons avoir après Moldova plus de 100 km au bord du Danube dans une région sans ville et juste quelques rares villages. Nous comprenons aussi mieux les nombreux contrôle de la police des frontières. Nous sommes encore en bordure de la Serbie, non européenne, et les douanes Roumaines jouent un jeu de second filtre après la bordure Turko-Bulgare. Subventionnée par l'Europe, cette frontière est surveillée par caméras vidéos, thermiques la nuit, nous les voyons tournoyer tous les 4 ou 5 km sur leurs mâts, du coup depuis notre arrivée au bord du Danube nous ne sommes plus contrôlés. Le chef des douanes de la région nous a vu et connait notre projet et ils peuvent suivre notre avancement sur leurs écrans.

A "Lescovita" pourtant un endroit bien désert, nous nous sommes bien rendu compte de tout cela.

 

C'est là dans cette plaine que nous testons pour la première fois de lâcher les comtois. Il y a  si peu chance qu'ils dérangent qui que ce soit ici qu'on veut voir si c'est possible de les habituer à la liberté, ce que nous espérons pour l'Asie centrale. Eh bien ça marche, après un an ensemble sur les routes, nous faisons partie intégrante de la harde, donc ils ne s'éloignent jamais de nous, nous suivent partout et restent bien près de la roulotte qui contient la réserve d'avoine et de maïs.

Autre changement, c'est pour l'eau. Depuis notre arrivée en Roumanie fini les fontaines à robinets ou les pompes publiques. C'est maintenant à l'ancienne que les puits nous offrent l'eau. Comme la plupart des gens qui n'ont pas l'eau courante chez eux, ou alors les riches car cela coûte cher, nous allons quotidiennement puiser notre eau et celle des chevaux.

Il y a aussi les déchets dont on doit dire deux mots. Comme depuis la Hongrie, Croatie, Serbie, la Roumanie aussi souffre d'une culture de "je jette tout", partout et dans tous les coins, dés que vous sortez d'un village apparemment propre, les détritus jonchent le sol, les pâtures et les forêts. Le verre cassé aussi et c'est un des soucis de bien faire le tour des parcs où nous faisons manger les chevaux. Le vélo en souffre également... C'est notre outil de reconnaissance des endroits où se poser, mais les réparations se succèdent et le matériel manque il va falloir se ravitailler en colle et Blets.

Nos traversées de villages sont toujours remarquées, ici les gens vu les conditions dans lesquelles ils vivent comprennent un peu moins bien notre projet et notre manière de vivre alors qu'ils aspirent tous à plus de développement.

"Socol" est le dernier village perdu de cette plaine où nous faisons étape avant de rejoindre le bord du Danube. On y est reçu par Camélia qui parle un parfait italien et qui nous offre son jardin.

Cette femme de courage fait vivre à elle seule avec son salaire d'usine toute une famille dont, mari, parents, deux frères, et trois enfants. Nous avons passé ici un temps avec eux empli de joie et de richesse intérieure. Ils n'ont rien et pourtant ils nous ont tout offert...

Moi de mon côté je leur offre les soins sur un jeune poulain. Il a un abcès, drainage, désinfection, injection d'antibiotique.

Le lendemain matin les enfants nous aideront au toilettage quotidien des comtois avant le départ.

Ensuite nous voilà de retour au bord de l'eau Danuboise, afin de retrouver le plat, car ces derniers jours nos étapes étaient sportives avec des sérieux dénivelés de 7 ou 8 %. Nous retrouvons une météo plus de saison. Finis les 20 degrés et le plein soleil, maintenant c'est la grisaille, la pluie, le frais de 3 ou 4 degrés. Cela n'empêche pas As et Altesse de travailler, de nous déplacer, et de ne plus s'étonner de rien durant le voyage. Si nous n'évitons plus des voitures ou d'autres trams comme à Belgrade, c'est maintenant à des moutons ou des cochons que nos comtois ont à faire.

 

Voilà, nous sommes à Matesti, 3 km avant Moldova et nous sommes reçus pour un jour de pause chez Jasna et George qui nous offrent accueil sur un pré voisin et dans leur maison pour internet, repas en commun, même la douche si on le souhaite.

Nous repartons demain 26 novembre pour continuer cette route et nous savons par la rencontre de chasseurs que celle-ci est sauvage, le long de forêts et falaises, collines, bref même au bord du Danube on va être un peu dans la jungle sur 100 km. Des ours parait-il nombreux mais peu de loups, nous nous réjouissons de ces futures rencontres. Irene un peu moins que moi en fait, mais je connais bien ces bêtes ils ne viendront pas s'approcher de la roulotte ou des chevaux à moins de 100 mètres si nous avons un chien.

 

Bisous à tous, et à bientôt sur d'autres lignes

 

Ritana Team

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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