Nouvelles de Ritana 21/09/2015

Chers lecteurs,

quelques nouvelles de nous, ce soir à Dalj  en Croatie au bord du Danube

Nous allons clore le dossier des réfugiés sur notre blog, à moins que nous soyons obligés d'y revenir pour quelque chose de vraiment important ou particulier. Notre périple est une initiative privée et un voyage d'aventure, non un reportage journalistique, de plus nous sommes trop militant pour ne pas réagir alors on laisse cela de côté pour se concentrer sur nous et notre bonheur.

Mais avant cela je veux dire deux choses à l'attention des réfugiés et des administrations Européennes.

Aux réfugiés :

Toi le migrant réfugié, qui fuit une guerre ou un état dictatorial inhumain, bienvenue en Europe, protèges-toi chez nous, formes-toi si tu le peux, reconstruis-toi bien, et quand le moment sera venu, prends l'aide qu'il te faut chez nous pour reconstruire et changer ton pays une fois l'absurdité qui t'a fait partir, te laissera revenir.

Toi le migrant qui profite de ce flux pour trouver un refuge économique, qui cherche l'Eldorado européen pour t'enrichir et tomber dans la tourmente consumériste que tu convoite, je te le dis bien fort, restes chez toi. Développe plutôt ton pays plutôt que de croire qu'ici c'est mieux, l'Europe est en sursis,  elle va s'appauvrir et tu n'y trouveras pas ton bonheur. Ce que tu attends d'atteindre est un piège, pire que tes difficultés actuelles, et tu risque de désavouer celui qui t'aura tendu la main et aidé.

Aux Nations et Instances Européennes :

Vous allez vous foutre de notre gueule encore combien de temps ? Vous pleurez et vous voici inquiets de voir cet afflux de réfugiés. Vous vous retournez contre les Turques et la Grèce qui ne joue plus votre jeu de barrières européennes ou de filtre d'humains en urgence sanitaire, sociale ou sécuritaire. Vous vous renvoyez les responsabilités les uns sur les autres et allez nous imposer à nous contribuables de payer vos notes. Juste un exemple : combien de temps dure le cirque en Syrie ? combien de temps allez-vous encore laisser faire ? Pour vous plaindre ensuite de ce qui nous arrive, comme au Soudan ou ailleurs !

Nous ne sommes pas dupes, nous savons bien que si ces pays vous rapporteraient la moitié de ce que vous a apporté la Libye et la chute de Kadhafi, il  n'y aurait depuis longtemps plus de guerre civile en Syrie, et c'est juste un exemple... Et c'est qu'un aspect, il y a aussi tout ce qui n'est pas avouable publiquement, sans s'attirer des ennuis, ce que je vais pas vous donner le plaisir de me faire.

Le Sujet est Clos !!  Maintenant on peut revenir à nos moutons et le récit de nos dernières étapes

 

Ritana continue sa route, il fait gris, parfois on a eu la pluie, ces derniers jours sont plus agréables et nous apprécions les baisses de température

Un mot sur notre sentiment vis-à-vis de la Croatie. C'est merveilleux, un beau pays, nous y voyons la reconstruction rapide suite à deux guerres successives dans les années 90. Mais l'accueil que nous y recevons est particulièrement chaleureux. On retrouve tous ces gens qui sortent de leur maison pour nous voir et nous saluer, ces automobilistes qui lèvent le pouce en signe de félicitation. Les sourires, la joie dans les yeux, nous nous sentons très bien accueillis et nous le sommes, nous n'avons pas eu une seule fois de la peine à trouver un lieu d'étape, au contraire, nous sommes même comblés de cadeaux en tous genres.

Nous avons passé une première nuit à Lug après le départ de Suza. Sur la route de Vardarac pour rejoindre Osijek une famille entière voulait absolument nous inviter chez eux, la plus jeune aime les chevaux et elle en a deux. C'est parfois difficile de refuser des invitations spontanées de ce genre, mais nous venions de repartir et nous roulions à peine depuis une heure. Alors l'alternative a vite été trouvée, elle est montée avec nous pour quelques kilomètres, c'était parfait et l'échange très fraternel.

Arrivée à Osijek, le pont sur la Drava, un affluent du Danube

Nous traversons cette ville sur une 4 voies et entre deux lignes de trams, mais As et Altesse s'en moquent et n'en font pas cas, ils sont très motivés depuis qu'il fait moins chaud et nos étapes se font majoritairement au trot, ce qui laisse moins de temps à se faire impressionner par le trafic ou autre.

La Croatie n'est pas riche mais très belle, les gens sont déterminés ici à faire de leur pays un paradis, tout est beau et fait avec goût. Même s'il reste encore beaucoup de stigmates à effacer des combats qui ont fait rage ici, comme beaucoup de maisons portant encore des traces de fusillades.

Beaucoup de gens semblent avoir des chevaux, enfin les plus aisés, mais nous rencontrons moins d'attelage sur les routes qu'en Hongrie, mais il y en a partout et surtout chez les gens que nous rencontrons lors de nos étapes.

Après des courses en ville de Osijek nous trouvons refuge à Nemetin au bord de la Drava

La plus proche voisine et propriétaire de ce pré nous a accueillit un peu forcée en rentrant de son travail, elle est prof de math, mais avec des cafés et du gâteau, nous voyons ici en Croatie une hospitalité très spontanée.

Drago, un autre voisin, nous montre ses 3 poneys Shetland et un Lipizzaner avec lequel il fait de l'attelage également. Grâce à lui nous en savons bien plus que ce que la presse nous avait appris de ces deux guerres dans les années 90. Militaire de carrière retraité, il nous a expliqué et raconté des choses que la presse n'a pas relayé jusque chez nous.

Ensuite promenade avec les chiens au bord de cette rivière, et la surprise de trouver les ruines d'un campement de casques bleus qui semblent avoir subi une attaque en règle, caserne vidée à la grenade et d'autres vestiges non encore effacés de ces conflits. Sur les 100'000 âmes vivant à Osijek, seuls quelques 15'000 personnes sont restées défendre le lieu, les autres se sont réfugiés en Europe.

Des rampes qui servaient à l'entretien des chars d'assaut

Un peu partout des douilles provenant d'armes de type guerre urbaine, pistolet mitrailleur par exemple.

Quand je demande à Drago ancien officier des renseignements s'il croit en la protection et la stabilité qu'offre le fait de faire partie de l'union européenne, il me répond par un sourire pincé, nous savons tous que l'Europe peut s'écrouler du jour au lendemain et que la Croatie pourrait tout aussi bien se retrouver seule comme avant.

Nous suivons l'euro-vèloroute R6, même notre guide qui accompagne nos cartes le dit. Bien que la plupart des champs de mines sont déminés ou continuent de l'être en ce moment, il en reste parfois, surtout que certaines ont été déplacées par les inondations de 2014, et donc la prudence reste de mise, ne sortez pas des chemins en vous promenant dans les friches et les forêts.

 

L'étape suivante nous amenait hier à Dalj, là où la Drava rejoint le Danube. Charmant village historique où des fouilles archéologiques ont permis de découvrir des trésors de plusieurs époques du néolithique à nos jours. Nous sommes content de retrouver le Danube et notre but est d'y camper. Fausse joie, à la recherche d'un pré, il y a des flics partout, le mieux je me dis, c'est d'aller leur demander alors direction le poste de police. Ben non c'est raté, tout le bord du Danube est interdit d'accès et sous surveillance à cause du problème des réfugiés. Le flic me renvoie à 18 km plus loin alors qu'on vient d'en faire le même nombre, dont plusieurs à la montée et on veut une pause ici. Face à mon insistance il nous dit appeler par téléphone un de ses collègues qui a des chevaux. Trop cool, il arrive avec son bus pour nous guider et nous accueille dans la cour d'un des bâtiments de son exploitation. Flic à la retraite, d'ailleurs ici il y en a plein des flics qu'on arrive même plus à les compter. Lui est devenu à 48 ans exploitant agricole de 160 hectares de cultures céréalières. Il a une dizaine de chevaux, lui et son fils David font des concours d'attelage, le soutien du monde équestre se met en place et nous voilà posé avec un box pour les chevaux et du foin à volonté, accès douche et WC et même internet wifi dans la roulotte.

Bel élan de solidarité, notre voyage passionne et impressionne.

David l'aîné de ses fils s'occupe d'une centaine de moutons d'origine Russe, des Romanovsky. Belles bêtes, rustiques et solides, mais il ne sait pas trop comment s'occuper des pieds de ses ovins. Alors après un repas chez eux hier à midi, nous convenons de rester un jour de plus pour leur montrer comment tailler les pieds de ces bêtes qui en ont grand besoin. Matinée de travail commun, on apprend à mieux se connaître et à partager nos savoirs.

Ensuite on prend un peu de repos et en profitons pour se promener au bord de ce Danube à défaut de pouvoir y camper. En face de nous, cette Serbie que nous attendons de pouvoir visiter avant d'y trouver un point de passage.

A bientôt sur d'autres lignes

Ritana Team