Nouvelles de Ritana 14/07/2015

Bonjour à vous toutes et tous, et avant tout, nous souhaitons une bonne fête nationale aux Français.

Nous sommes toujours à Esztergom-Kertvaros, bloqués ici par la force des choses.

Le 12 juillet Angela est bien arrivée comme prévu, se réjouissant de son expérience de voyager quelques jours en attelage.

Finalement sur cette banquette, elle n'y fera que lire ou jouer de son accordéon. Elle m'aide beaucoup au jour le jour à assumer les tâches obligatoires, mais elle ne vivra pas le fait de se déplacer.

 

Le soir même de son arrivée, je remarque que As notre hongre se met à boiter de l'antérieur droit. J'enlève le fer, je fais un tas de test, je ne trouve pas la cause ni l'origine ou la place de sa douleur. Le lendemain matin, rebelotte, c'est le pied arrière gauche qu'il ne peut plus utiliser. Pareil, mes recherches de cause et surtout de l'endroit douloureux restent veines. De bas en haut aucune partie sensible ne réagit. je m'attends à voir les autres pieds poser problème suspectant peut-être une fourbure, mais le problème est que cela ne colle absolument pas avec le régime alimentaire qu'il a eu et Altesse se porte comme un charme. Leur aurait-on donné des céréales riches en cachette et à grande dose ? Non Cela ne colle toujours pas, et ce n'est pas les quelques chardons qu'ils ont mangé avant que l'on trouve cet emplacement qui sont en cause.

 

Il me faut un bon conseil, je cherche un vétérinaire et n'en trouve pas à part un ici qui ne fait que les chiens et les chats. Un voisin arrive et me propose les services d'un maréchal spécialiste des grands chevaux de traits qui fait aussi ostéopathie et orthopédie équine. Cela m'arrange car je ne comprends pas pourquoi après avoir remplacé à deux reprises des clous sur les fers d'Altesse, ils se dérivent et bougent à peine 2 jours après, pourtant je le fais avec attention et de mieux en mieux. Ce personnage à la tête d'Asterix vient et fait les mêmes tests que moi sans trouver non plus l'endroit précis et la cause de la douleur. A part cela, son savoir et sa complicité avec nos comtois me fait prendre rendez-vous plus tard avec lui pour remettre les fers enlevés. Par contre il me trouve la raison pour laquelle les clous ne tiennent plus longtemps. La sole des pieds de nos chevaux est sèche, tellement dessechée qu'elle devenue dûre comme du cailloux et donc impossible à tailler ou à ferrer. Cela provient de la chaleur de l'asphalte sur laquelle nous marchons d'après lui. Bien que marchant en effet beaucoup sur les routes nous faisons des étapes matinales, mais le goudron garde la chaleur du jour précédent et monte à 60 ou 70 degré même à 8 ou 9H du matin. Donc sur ses conseils décision est prise de mettre tout le monde à l'arrêt au moins 3 jours avec un traitement à base d'eau, argile, bouse de vache, ceci 5 fois par jour et sur chaque sabots, dessous-dessus, afin de ramollir tout cela, en effet le lendemain on voit déjà une amélioration de l'état général de la sole des sabots.

Reste le problème d'As et la recherche d'un vétérinaire est laborieuse. Le plus réputé et en vacances et le numéro que sa femme nous donne ne répond pas. Des heures d'attente et d'incertitude, pour avoir en fin de soirée enfin son coup de téléphone en retour. C'est une jeune femme spécialisée non pas que dans le cheval, mais surtout sur les chevaux de trait et elle connait bien les comtois, par bonheur elle parle anglais et un peu l'allemand. Elle arrive très tard, la démonstration est très drôle car As ne boite presque plus de la patte arrière, par contre à l'avant c'est de pire en pire. Elle fait exactement les mêmes tests que moi, sole plantaire, tous les touchers important, les manipulations articulaires et musculaires, des élongations etc... Elle ne trouve pas non plus l'origine et donc encore moins la cause de cette boiterie. As à l'air triste, il mange mais ne fait que dormir, mon inquiétude monte d'un cran.

Si ce n'était que cela... Mais en plus je dois me battre depuis deux jours contre toute une bande de ce qu'ils appellent ici des "Gypsi", des gitans hongrois qui ont pour la plupart une mauvaise réputation. 10 ou 20 fois par jours ces gens viennent en groupe, jamais seul, pour me poser éternellement les mêmes questions : combien vaut un cheval de ce genre, et combien je veux le leur vendre. J'ai beau répondre que je ne les vends pas ils insistent toujours durant des 30 minutes ou plus, et ne respectent jamais mon souhait ne pas les approcher, ils entrent de force dans le parc et vont les caresser et jouer avec. les deux enfants qui faisaient cela de loin le premier jour avant le départ d'Irene m'ont plutôt amusé, mais là je ne m'amuse plus, je sors jamais de la roulotte sans un spray irritant dans la poche et l'arme de Ritana chargée, cachée à portée de main à l'entrée. A plusieurs ils arrivent à te détourner l'attention et à entrer toucher ou plutôt tâter les chevaux.

Les quelques voisins sympas, Joseph et sa famille qui m'ont organisé deux balles rondes de foin, apporté de la nourriture en abondance, Gustave lui même ethniquement parlant de leur origine ne veut pas intervenir, il est employé de la mairire et m'a aidé, il a organisé le droit de rester ici tant qu'il le faudrat mais notre envie avec Angela est de partir au plus vite, mais As lui ne peut pas marcher. Comme nul ne veut ou ne peut intervenir, je prends donc un sac de couchage, je dors donc depuis 2 nuits dehors, armé, entre la roulotte et les chevaux et Waldo le berger allemand de 3 mois m'averti au moins à chaque intrusion dans le pré. Le bal des voitures et des 4x4 remplis de ces indésirables personnages ne cesse que tard dans la nuit, c'est le jeu du chat et de la souris.

Alors j'ai fini par en choper deux autres plus jeunes et non motorisés, je leur promet d'appeler la police à chaque visite, de brûler leur maison, de tirer sur tout ce qui bouge si on approche encore de mes chevaux, ceci ne calmera les choses que quelques heures, ensuite le bal recommence.

Trop d'énergie perdue, As boite encore et la piqure d'anti-inflammatoire aide un peu mais ne règle rien. Aujourd'hui coup de téléphone avec la vétérinaire, elle revient avec un collègue radiologue et un appareil portatif. 4 radiograhies plutard le verdict est tombé, ma surprise n'en est que des plus grande, mais pas à la mesure de ma déception devant les radios que je sais aussi décoder, nous sommes tous les 3 devant l'écran du PC abassourdis de ce que l'on voit. La deuxième phalange droite de notre As est creusée par une sévère arthrose digne d'un vieux cheval. Mais il n'a que 5 ans !! Comment cela est-il possible ? Ce genre de pathologie ne se produit que chez des chevaux à qui l'ont demande des travaux de force avant que la croissance osseuse soit terminée, c'est la seule explication possible et sensée. Donc As a probablement dû tirer de fortes charges, avant même l'âge de pouvoir le faire. Nous nous regardons tous les trois médusés.

Moi de mon côté je m'étonne, j'ai confiance en la renommée de notre fournisseur. Si As est un travailleur acharné, d'une sûreté à toute épreuve, d'un dressage absolument précis et complet, il n'a pas ou plus le profil physique pour un tel voyage. Une arthrose gravement avancée et qui ne manquera pas d'être chronique s'il travaille de manière journalière comme nous le lui demandons. Seule chance avec lui si nous voulons continuer, rallonger les pauses, diminuer le rythme de travail, et bien entendu, intraveineuse d'anti-inflamatoire à chaque alerte. Mais aussi à chaque fois, une semaine de repos forcé, voire même des injections de stéroïdes. Le soucis c'est que ces injections, même si je sais les faire, c'est qu'il faut chaque fois raser le cheval mais surtout le mettre sous sédatif pour pas qu'il ne bouge au moment d'introduire l'aiguille entre les phalanges. Donc un prix de soin qui explose et rend le voyage incertain et très coûteux.

Il faut donc travailler 3 jours sur 7 et éviter les gros effort ?

Toujours est-il que si je suis dans l'espoir de voir une discussion possible avec l'éleveur, il va être difficile de se séparer de ce cheval affectivement parlant, notre complicité est telle que c'est se séparer de son meilleur ami. Mais pouvons nous raisonnablement continuer un tel voyage en travaillant qu'à 40 %

Déjà ces dernières semaines à cause de la chaleur nous ne faisons que des petites étapes de 10, 12, 15 km maximum en gardant un jour ou deux de pause tous les 4 ou 5 jours. L'avantage est que nous ferons de moins en moins de route et d'asphalte, mais c'est en rien la cause du problème d'As mais juste un soucis pour le ferrage.

Les reflexions que je pose ici ne sont que sincères et affectives, aucune décision ne peut être prise sans étudier la situation dans son ensemble et pour cela j'attends le retour d'Irene et la visite demain de cette vétérinaire qui apportera des informations complémentaires d'autres collègues. Nous devrons décider de privilégier le but, le voyage et le projet, ou de privilégier notre relation avec As et du coup cela pose la question d'un arrêt tout net pour le ménager. Nous n'avons pas les moyens financiers de racheter un autre cheval, ni de rallonger le voyage de 2 ou 3 ans pour que le rythme lui soit plus favorable. De toute façon quand nous partons pour un tel périple, nous devons nous attendre à ne pas forcément rentrer avec les mêmes chevaux tellement sont nombreux les aléas et les risques.

Voilà les nouvelles, elles sont chaudes et ma situation ne l'est pas moins, ces prochaines nuits je vais encore devoir me faire le gardien de nos bêtes, de Ritana, car tant que nous ne pourrons pas bouger de là, nous sommes sous les feux de la rampe des ces indésirables visiteurs. Par manque de chance, ils sont tous ici autour de ce village car c'est leur patrie de sédentarisation. Il suffit de pouvoir repartir dans 4 ou 5 jours selon l'état de notre Assou pour être tranquille, mais comme d'autres personnes le conseillent, ne faudrait-il pas donner à As la chance de se reposer plus longtemps, trois ou quatre semaines, dans ce cas là ce sera de toute manière ailleurs où la sécurité de Ritana, ses occupants et les chevaux est mieux assurée.

A bientôt

Ritana Team

(PS : notre première carte vodafone Hongrie ne fonctionnait absolument pas, nous ne pouvions même pas recevoir des appels et les services techniques n'ont pas trouvé réponse à ce problème. Il nous a fallut trouver une autre carte sim ce qui est fait depuis hier.  +36 204 13 16 10)